Une communion très solennelle

Le 27 mai 1937, ma mère Madeleine Levron, âgée de 10 ans, célèbre sa profession de foi (on disait alors « communion solennelle ») à l’église Notre-Dame-de-Bon-Port, de Nantes, en compagnie de dizaines d’autres jeunes.

La cérémonie est présidée par le nouvel évêque de Nantes, Mgr Villepelet, qui occupera la fonction jusqu’en 1966. Il sera décoré après la guerre pour être intervenu -sans succès- en faveur des cinquante otages pris par les Allemands en 1941 à la suite de la mort du chef de la Kommandantur, exécuté par un commando venu de Paris. Guy Môquet faisait partie des otages, qui étaient en réalité au nombre de quarante-huit.

Le vaccin en direct

Dans les années 1895, à Paris, mon grand-père Eugène Cochard est conduit par sa mère à l’hôpital Bichat, pour la vaccination antivariolique. Il décrit la scène dans ses mémoires d’enfance, la Fontaine de Jouvence:

« Au centre d’une salle garnie de chaque côté d’une rangée de bancs où se tenaient assises les mamans portant sur leurs genoux leur progéniture attendant le vaccin, se dressait, debout, entravée sur une litière de paille fraîche, une vache dont les yeux étaient cachés sous un bandeau de cuir noir. Mon esprit critique n’était pas assez mûr pour réaliser ce qu’avait d’insolite la présence d’une vache au beau milieu d’une salle d’hôpital mais ce qui me faisait frémir c’était de voir que du ventre de la malheureuse bête pendaient des instruments chirurgicaux qu’un docteur retirait et replongeait tour à tour et je m’imaginais les souffrances que devait endurer le pauvre animal. J’appris beaucoup plus tard que la vache, objet de ma commisération, était un laboratoire vivant qui distillait le vaccin de Jenner recueilli dans les instruments de torture lui crevant les mamelles. Mais n’aurait-on pu dissimuler cette hallucinante mise en scène aux yeux d’enfants déjà angoissés dans l’attente de la petite opération qu’ils allaient subir ? »

La Savoyarde arrive à Paris

En 1895 mon grand-père Eugène Cochard, écolier de 9 ans, habite rue Letort près de la Porte de Clignancourt, où sa mère, Victorine, tient une loge de concierge. Le 16 octobre, le quartier de Montmartre connaît une grande agitation, c’est ce jour-là en effet qu’un convoi de 28 chevaux hisse sur le pavé glissant la plus grosse cloche non statique du monde. La Savoyarde pèse plus de 28 tonnes, elle a été fondue près d’Annecy, transportée par le train, avant de prendre place dans le campanile du Sacré-Coeur, dont la construction se termine. Eugène a évoqué cet épisode dans ses mémoires, rédigées soixante ans après :

« Le lendemain, des musiciens ambulants chantaient un hymne composé à la gloire de la Savoyarde, dont les vers de mirliton se pimentaient de la gouaillerie coutumière du peuple de Paris. Une strophe de ce chef d’oeuvre chante encore dans ma mémoire: Regarde-là passer la belle Savoyarde, comme elle a l’air altier, comme elle a l’air gaillarde. Tous les badauds en choeur disent sur leur passage: mince qu’il aura d’l’ouvrage celui qui s’ra sonneur dans le Sacré-Coeur ! ».

Le Nouveau Roman

En 1962, mes parents ne sont pas peu fiers de recevoir à la maison un exemplaire dédicacé du Pressentiment, premier roman de Jean-Louis Baudry. Jean-Louis (1930-2015) est le petit-fils d’Anaïs Tessier, soeur de mon arrière grand-mère Marie, surnommée la « grand-mère Groleau » , l’épouse de Félix.

Jean-Louis Baudry est, avec Philippe Sollers, l’un des fondateurs de l’école du nouveau roman et l’un des rédacteurs de la revue Tel Quel. Auteur de plusieurs romans et d’écrits théoriques sur la littérature il exerçait par ailleurs la profession de chirurgien-dentiste.

Une sortie en ville

Au cours des années 1930, ma mère, née en 1926, est en visite dans le centre-ville avec ses parents. Le Grand Bon Marché, place Royale, était une grande maison de tailleurs. Une partie de la place a été détruite par les bombardements de 1943. Le directeur d’Au Grand Bon Marché proposa que l’on supprime la fontaine pour en faire un parking. (cf Stéphane Pajot, Nantes, vieux cafés et commerces, 2011)

Un message émouvant

Le 6 mars 1915, soigné à l’hôpital de Gournay en Bray pour la blessure reçue en septembre 1914, mon grand-père Eugène Cochard, âgé de 29 ans, écrit à son beau-frère Paul Groleau, 19 ans, résidant à Nantes. Il se réjouit d’avoir appris que Paul ne partira pas au front. Il se réjouit également d’avoir survécu aux combats, libérant ainsi Paul d’avoir à annoncer son décès à ses proches.

Le Bourget 1969, une année exceptionnelle

Le 28ème Salon du Bourget, en juin 1969, est exceptionnel à plus d’un titre. Le Boeing 747 et le Concorde sont présentés en vol pour la première fois, devant plus de 100 000 personnes. La société Airbus Industrie est créée à l’occasion du Salon. Enfin, la capsule Apollo 8, retour de l’espace, est exposée, avec son bouclier carbonisé.

Je visite le Salon à l’invitation de ma marraine, Jeanine Haincaud et de son mari Jean-Claude, en compagnie de leur fils Didier, mon filleul. Jeanine est l’arrière petite-fille d’Anne Groleau (1850-1940), soeur de mon arrière grand-père Félix Groleau.

Le grand jour

Mes parents Paul Cochard et Madeleine Levron se marient à Nantes le 28 juillet 1949. Le repas de noces a lieu à l’hôtel de la Duchesse-Anne, l’un des meilleurs établissements de la ville, en face du château. Suivant la tradition, les invités signent le menu et déposent, pour certains, d’affectueux commentaires. Incendié en 2004, l’hôtel de la Duchesse-Anne doit être démoli en 2021.

Au suivant !

Ce document, le plus ancien de ma collection, est une convocation devant le conseil de révision de Nantes. Daté du 26 juillet 1828, il est, semble-t-il, adressé à Pierre Cochard, né en 1807 à Cordemais et mort à Nantes en 1883. Pierre, charpentier de marine, est issu d’une famille d’agriculteurs établis à La Chapelle Launay, près de Savenay, depuis plusieurs siècles. Il incarne la mutation de la famille Cochard, du monde rural vers le monde urbain et industriel, au 19ème siècle.