Une grande réunion de famille

Cette photo a été prise vers 1924, mon père, Paul, figure en bas à droite, il a deux ans (8). Son frère Jean (6) lui tient la main. Sa soeur Mathilde (5) est au premier plan, devant son père, Eugène (2). Leur mère, Mathilde (4) est à l’arrière-plan. Tout à droite se tient sa mère, « la grand-mère Groleau » (1) alors que son frère, Paul (7) est à droite au deuxième rang. Son cousin Louis, en soutane (3), se tient à côté d’Eugène. On reconnait aussi sur la photo Alexandre Massac (devant Eugène) à gauche de sa femme Marcelle. Devant Eugène se tient Anastasie, surnommée « la tante Tasie ». Les quatre soeurs Groleau (Anastasie, Annette, Lucie et Mathilde) sont présentes, leur frère Félix, mon arrière-grand-père, est décédé en 1903.

L’évolution des tenues vestimentaires est frappante: les anciens, tous nés au 19ème siècle, sont en noir. Les plus jeunes ont des vêtements clairs et plus modernes.

Le swing de Ray Bryant

En 1960, mon oncle Alex Faure et sa femme Mathilde, qui résident à Casablanca, offrent à mes parents leur premier électrophone stéréo, made in USA. Alex (1902-2009) est un inconditionnel de l’Amérique et de ses produits novateurs, que l’on trouve alors à Tanger alors qu’ils ne sont pas encore disponibles en France. Deux disques sont également offerts, l’effet stéréo est sidérant dans celui du Jo Jones trio. A Nantes, pendant plusieurs années, les disques stéréo ne seront disponibles que chez de rares disquaires, dont Tassel, rue du Calvaire.

Le 14 février 1998, j’ai eu la chance d’écouter Ray Bryant (1931-2011) dans un club de jazz à Saint-Germain des Prés. J’ai retrouvé la virtuosité, le sens mélodique, le swing de cet excellent pianiste qu’était et que demeure Ray Bryant.

Chère Bretagne

Dans la famille Cochard, on ne se considérait pas comme bretons. Pour autant, on n’était pas insensible aux charmes puissants de cette région proche du berceau nantais. Ainsi mon grand-père Eugène, qui exerçait la profession de dessinateur industriel, a réalisé cette aquarelle inspirée de l’Ile d’Arz, dans le golfe du Morbihan, alors qu’il résidait à Vannes avec son épouse Mathilde.

Un mariage dans les Années folles

Le 6 juillet 1925, René Levron, dessinateur né à Rocheservière (Vendée), âgé de 26 ans, épouse à Nantes Madeleine Ranchère, âgée de 21 ans, née à Rochefort. René est le fils de Jules Levron, corroyeur, et de Clotilde Moreau. Le père de Madeleine est Joseph Ranchère, agent technique principal contrôleur de la Marine, sa mère est Emma Bouffard. Jules Levron et René Ranchère, frère de la mariée, tourneur sur métaux, sont leurs témoins.

L’évolution des métiers est caractéristique , on passe du secteur primaire (corroyeur) aux métiers de l’industrie (tourneur, dessinateur, contrôleur). Mon grand-père René deviendra chef de fabrication dans l’industrie mécanique (Etablissements Jalet à Nantes) où il construira des machines. Son père Jules Levron perdra son emploi pendant la Grande crise et finira dans la misère. Les générations suivantes seront marquées par le passage au secteur tertiaire.

Jean Chabot, un peintre nantais

Mes parents possédaient une aquarelle de Jean Chabot représentant le port de Nantes. Jean Chabot peignait notamment le marais vendéen, qui l’avait vu naître, ainsi que des paysages bretons et nantais. Mon père et lui résidaient dans la même maison de retraite en 2014, lorsque l’établissement avait organisé une exposition pour son centième anniversaire. Mon père décédait en janvier 2015, Jean Chabot en février. En 2021, la librairie Coiffard a édité un album retraçant sa carrière.

Les escaliers de Chantenay

Notre grand-mère Madeleine Levron, née Ranchère, avait vu le jour à Rochefort en 1904 et s’était mariée à Nantes en 1925. Elle faisait notre admiration en nous racontant qu’un des jeux préférés avec ses camarades adolescents était de descendre les escaliers de la Butte Sainte-Anne à califourchon sur la rampe. Nous n’avons jamais eu le courage d’essayer.

ça chauffe à République !

Après leur mariage, en 1949, mes parents emménagent place de la République, au centre de l’île de Nantes. Mon père a installé son cabinet au n° 5, l’appartement est situé dans le même immeuble, au n° 3. Le quartier est essentiellement industriel: Biscuiterie Nantaise (les fameux Chocos BN), biscuiterie Lefèvre Utile (les fameux petits beurres LU), savonnerie, (l’odeur est moins sympathique), sucrerie Say (la seule usine encore en activité aujourd’hui), brasseries, chantiers navals (le matin je vois passer les ouvriers- mon rêve d’enfant est d’aller plus tard « travailler à l’usine en vélo »), gare des chemins de fer de l’Etat (les locomotives à vapeur passent non loin de l’appartement le sol gronde la fumée blanche envahit le quartier). Une nuit, l’usine de menuiserie Nicolas prend feu: flammes gigantesques, chaleur accablante, les vitres de l’appartement sont brûlantes.

En 1957, la famille s’est agrandie et l’appartement est devenu trop petit. Nous déménageons à l’ouest de Nantes, dans le quartier des Dervallières, dans une maison neuve. Le cabinet dentaire demeure. Mon père est resté fidèle à ce quartier pendant près de 40 ans.

17 générations…

Je m’appelle Jean Cochard, je suis né en 1550 à La Chapelle Launay, un village à l’ouest de Nantes, je suis agriculteur, ma femme Jeanne Tassé, est née dans le même village et la même année. Nous avons un enfant, Pierre, né en 1575. Je suis le plus ancien membre connu de la famille Cochard. En 2021, ma descendance s’étend sur 17 générations.

Mon état civil figure dans le registre tenu par le curé de la paroisse. L’état civil a été rendu obligatoire en France en 1539, par l’ordonnance de Villers Cotteret, de François 1er.

Françoise Ranchère, une destinée singulière

Françoise Ranchère (1829-1897) occupe une place particulière dans l’histoire de notre famille. Comme sa contemporaine nantaise Caroline Cochard (1833-1878), c’est une mère célibataire, vivant en bas de l’échelle sociale comme domestique ou journalière. Née à Alzonne (Aude) près de Carcassonne, où son père est laboureur, c’est-à-dire agriculteur propriétaire de ses terres, elle représente la banche la plus méridionale de nos origines – majoritairement présentes dans l’Ouest de la France.

Les registres d’état-civil et les recensements, consultables sur le site des archives de la Gironde, présentent quelques jalons dans la vie de Françoise. Elle rejoint en effet la région d’Arcachon au moment de la création de la station sous le Second Empire. Elle donne naissance à Angelina, en 1863, à Marie, en 1865, à Maria, en 1871 – décédée un mois après sa naissance – à mon arrière grand-père Joseph, en 1874, et à Albin, en 1878, à l’âge de 50 ans. Entre 1871 et 1897, elle réside dans le quartier de Saint-Ferdinand, au centre d’Arcachon. Ces quelques éléments laissent à penser que la vie de Françoise n’a pas dû être facile.