Un parent éloigné

Les sites de généalogie réservent parfois des surprises. Si un nom sur un arbre déposé en ligne correspond à un nom semblable figurant sur  arbre déposé par un autre abonné, le site signale cette correspondance. J’ai ainsi été alerté à plusieurs reprises au sujet d’un lien de parenté avec Aristide Briand. Né à Nantes en 1862, il était le petit cousin d’Anne Groleau, née Briand (1815-1898), la mère de mon arrière grand-père Félix Groleau (1855-1903).

Cette parenté n’était jamais évoquée dans la famille. Dans ses mémoires rédigés en 1977, mon grand-oncle Paul Groleau (1896-1984) révèle que sa grand-mère, Anne, tenait une charcuterie rue de la Fosse, à Nantes, où s’ approvisonnaient les parents d’Aristide, qui tenaient un boui-boui rue du Marchix, l’une des rues les plus pouilleuses de la ville. Et ces derniers ne payaient pas leurs factures de saucisses et de saindoux. Aussi Anne avait-elle  pris ses distances avec ses cousins. Et mon oncle de conclure: « Aristide Briand avait donc avec les Groleau une parentèle assez proche dont on n’usa pas dans la famille lorsqu’il fut devenu célèbre ». Les secrets de famille ne se limitent donc pas seulement aux parentés honteuses…

Je dois à l’honnêteté d’indiquer que des vérifications de dernière minute sur les registres d’état-civil concernant la famille Briand ne me permettent plus d’affirmer la proximité en question. La recherche se poursuit…

Tous à l’ouest

A partir de mon arbre généalogique j’ai repéré les départements de naissance de 30 de mes ancêtres de la même génération, ayant vécu entre 1763 et 1825, il s’agit des arrières grands-parents de mes quatre grands-parents Cochard, Groleau, Levron et Ranchère. J’ai dû me limiter à 30, car le père de mon arrière grand-père Pierre Cochard n’est pas connu, ni a fortiori ses parents. Voici le résultat.

Les tests ADN et la généalogie

Il y a quelques mois un site de généalogie m’a proposé de faire un test ADN. En comparant mon ADN avec celui des autres abonnés, le site m’indiquait pouvoir trouver des correspondances. Je me suis laissé tenté pour la raison suivante. J’ai deux aïeules filles-mères et un arrière grand père disparu sans laisser d’adresse. Et j’ai pratiquement épuisé les ressources de l’état-civil. L’ADN semblait donc un moyen adapté pour prolonger mes recherches.

A ce jour le site m’a indiqué 1 415 correspondances, un autre site en a détecté 324. La proportion s’explique parce que le premier site compte davantage d’abonnés, dans le monde entier;

La quasi-totalité des correspondances sont inexploitables, à l’exception de l’une d’entre elles. Je partage en effet 3 segments d’une longueur totale de 70,3 cM avec un certain Bernard C, âgé d’une trentaine d’années, résidant au Canada. Le site m’apprend que nous avons un ancêtre commun, dénommé Levron, ce qui est le nom de jeune fille de ma mère. J’ai contacté Bernard C en lui donnant accès à mon arbre généalogique, nous devrions pouvoir identifier notre plus proche ancêtre commun, il a vraisemblablement vécu au 19ème siècle dans la région de Clisson, où la famille Levron était établie comme meuniers, fileurs de laine ou tanneurs sur les bords de la Sèvre Nantaise. Suite au prochain numéro…

Les outils de mon grand-père

Mon grand-père maternel René Levron (1898-1969) était chef de fabrication dans une entreprise nantaise de mécanique, les établissements Jalet. Il concevait des machines, par exemple pour la fabrication des piles Leclanché. Côté bricolage il excellait dans les travaux manuels « fer » plutôt que dans les travaux « bois », il utilisait souvent des rondelles, notamment des rondelles grower, dont les vertus mécaniques sont admirables. Nous le surnommions affectueusement « Pupuce la rondelle ». Au collège, je suivais des cours de travaux manuels « fer » et « bois » avec deux professeurs différents. Celui du fer était un homme sec, portant une blouse grise; celui du bois était plutôt ventripotent, sa grosse moustache blonde récoltait les copeaux de bois. Nous l’avions surnommé « la plume ». Je mettais mes leçons en application grâce à mon grand-père, qui habitait la maison voisine. Voici quelques uns de ses outils préférés.

Les talents cachés de Paul

Paul Cochard, mon cher Papa, aurait eu cent ans ce 6 avril 2022. Il lui arrivait, exceptionnellement, de nous surprendre avec des talents cachés. Je me souviens en particulier qu’il parvenait, avec une étonnante rapidité, à faire un noeud avec une queue de cerise dans sa bouche. Beaucoup ont essayé, sans succès. Dentiste, il s’était également illustré en s’extrayant une dent devant la glace. Il lui arrivait aussi de jouer avec deux doigts et une surprenante dextérité la célèbre mélodie d’Albeniz, les Asturias, alors qu’il n’avait pas appris à jouer du piano. Et nous avons découvert qu’il connaissait par coeur la Salade mythologique, célèbre chanson de carabins qu’il avait probablement apprise lors de ses études à la fac de médecine.

Le spectre de la guerre

Le spectacle désolant de la guerre en Ukraine nous rappelle que nos grands-parents ont subi deux guerres. Mes deux grands-pères ont participé à la Première Guerre Mondiale, Eugène a été blessé à la bataille de la Marne. Plusieurs parents sont morts pour la France. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale ils ont vécu dans l’inquiétude sur le sort de leurs enfants en captivité, et pour leur propre sécurité. La maison de René et Madeleine, boulevard Saint Aignan à Nantes, a été touchée par les bombardements alliés de septembre 1943. Ils abritaient alors des réfugiés belges, la famille Lor, dont le fils Edouard, le filleul de Maman, deviendra un journaliste connu d’Antenne 2. Mes grands parents conservaient quelques souvenirs de ces périodes sombres: l’inévitable douille d’un obus de 75, le double album de l’Illustration, et un recueil de plaisanteries « anti-boches » égaré depuis.

La maison des Levron boulevard Saint Aignan

Tapes de bouche

Mon arrière grand-père Joseph Ranchère (1874-1957) a effectué toute sa carrière dans la Marine Nationale. Il a commencé comme électricien à l’arsenal de Rochefort, il a travaillé à Paris au bassin des carènes et a terminé à Nantes où il a notamment participé à la construction de sous-marins pour la Serbie. La gueule de chaque canon était protégée par un bouchon de métal, dénommé tape de bouche, gravé aux armoiries de l’unité. Les tapes de bouche sont devenus des objets de collection ou de décoration. Je conserve ainsi six tapes de bouche, qui ornaient l’entrée de la maison de mes parents.

L’insigne « preux chevalier » figurant en bas à droite correspond à l’escorteur d’escadre Guepratte, qui a été en fonction dans la Marine entre 1954 et 1985.

La voix humaine

Le 21 octobre 1963, mes parents assistent, au théâtre Graslin de Nantes, à un hommage à Francis Poulenc, décédé la même année. Francis Poulenc est l’un de leurs compositeurs favoris. Ils apprécient, comme l’a dit un critique, qu’une grande gravité coexiste avec de l’insouciance et de la fantaisie. Le Stabat Mater et la Voix Humaine figurent au programme. Denise Duval interprète cette dernière oeuvre, sur un texte de Cocteau. Une femme abandonnée se livre au téléphone:

Le bridge du mercredi

Tous les mercredis après-midi, mes grands-parents Levron retrouvaient leurs amis Georges et Angèle Tessier pour une partie de bridge. Georges (1885-1972) était architecte en retraite. Il avait été blessé à Verdun, décoré par Pétain et portait comme le maréchal une moustache blanche. Sa femme Angèle (1887-1989) avait été infirmière pendant la Grande Guerre. Ils habitaient au 74, boulevard de la Liberté, à Chantenay, dans une maison du pur style 1900, dont le décor Art Nouveau m’impressionnait. Mme Tessier nous servait à chaque visite un petit verre de cassis. Sans enfant, devenue veuve, Mme Tessier m’a offert de vieilles pièces de monnaie, une collection de timbres, et l’Atlas Vuillemin de 1865, qui illustre l’entrée de la France dans le monde moderne.