Dans ses mémoires, rédigés en 1965, mon grand-père Eugène (1886-1972) se rappelle ses dix premières années passées à Paris avec son père Pierre (1861-?), sa mère Victorine (1865-1900) et sa petite soeur Eugénie (1891-1966). Son père est ouvrier ferblantier dans une usine située au Point du Jour, sa mère est concierge dans un immeuble, 26 rue Letort, à Montmartre, près de la porte de Clignancourt.

26 rue Letort Paris 18ème en 2021
Eugène évoque sa vie d’enfant pauvre dans ce Montmartre de la fin du 19ème siècle, avec sensibilité, tendresse et humilité. Son récit prend un tour tragique dans sa deuxième partie, lorsque Eugène nous apprend que sa Maman tombe gravement malade et que son père voit son salaire se réduire faute de commandes. La famille doit quitter la loge pour une chambre insalubre, Victorine reprend son emploi de blanchisseuse. Fort heureusement un grand-oncle d’Eugène, Alexandre Dixneuf (1848-1918) et sa femme Anne, de retour du Portugal où Alexandre était imprimeur sur métaux, proposent de prendre en charge les enfants et retournent s’installer à Nantes. La scène où Eugène décrit le fiacre qui les emmène à la gare est poignante:

Peu de temps après, Victorine, hébergée par des parents à Bordeaux, décède en 1900 de la tuberculose, elle venait d’avoir 35 ans. Pierre disparaît. Il aurait pris un bateau à Nantes et serait parti pour l’Amérique du Sud.