Le vaccin en direct

Dans les années 1895, à Paris, mon grand-père Eugène Cochard est conduit par sa mère à l’hôpital Bichat, pour la vaccination antivariolique. Il décrit la scène dans ses mémoires d’enfance, la Fontaine de Jouvence:

« Au centre d’une salle garnie de chaque côté d’une rangée de bancs où se tenaient assises les mamans portant sur leurs genoux leur progéniture attendant le vaccin, se dressait, debout, entravée sur une litière de paille fraîche, une vache dont les yeux étaient cachés sous un bandeau de cuir noir. Mon esprit critique n’était pas assez mûr pour réaliser ce qu’avait d’insolite la présence d’une vache au beau milieu d’une salle d’hôpital mais ce qui me faisait frémir c’était de voir que du ventre de la malheureuse bête pendaient des instruments chirurgicaux qu’un docteur retirait et replongeait tour à tour et je m’imaginais les souffrances que devait endurer le pauvre animal. J’appris beaucoup plus tard que la vache, objet de ma commisération, était un laboratoire vivant qui distillait le vaccin de Jenner recueilli dans les instruments de torture lui crevant les mamelles. Mais n’aurait-on pu dissimuler cette hallucinante mise en scène aux yeux d’enfants déjà angoissés dans l’attente de la petite opération qu’ils allaient subir ? »

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